La Betterave dans l'impasse



D’un côté, la nécessité de poursuivre et d’amplifier la transition agricole, au vu des enjeux environnementaux.

La loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, interdit l’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant une ou des substances actives de la famille des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018. Le 30 octobre 2018, la loi Egalim interdisait également d’autres substances au mode d’action similaire. Des dérogations pouvaient être accordées jusqu’au 1er juillet 2020. Ces mesures ont placé notre pays comme précurseur sur la protection des pollinisateurs. L’Union européenne a, sous l’impulsion de la France, interdit 3 molécules tout en maintenant la possibilité de dérogations limitées lorsque la situation le justifie.

De l’autre, des agriculteurs qui subissent une crise d’une ampleur inédite et qui sont dans l’impasse.

Les betteraviers français connaissent une crise liée aux pucerons verts, dont la prolifération a été favorisée par des conditions climatiques particulièrement douces, et qui entraînent la propagation du virus de la jaunisse, particulièrement destructeur aux champs. Des traitements alternatifs aux néonicotinoïdes ont été utilisés au cours de l’hiver dernier, sans succès : les traitements alternatifs se sont révélés inefficaces et l’infestation s’est répandue dans les parcelles. Cela fait peser un risque réel – la perte est estimée pour cette année seule, entre 30 et 50% – de disparition de la filière à terme, si rien n’est fait pour stopper cela. Les betteraves pourraient effectivement tout simplement ne pas être replantées, face à l’absence de solution efficace. Nous ne saurions condamner une filière entière à la disparition.

Le choix est cornélien et le débat mérite d’être posé. 11 pays producteurs d'Europe ont déjà ouvert une dérogation pour la culture de la betterave, afin de faire face provisoirement aux difficultés rencontrées sur le continent. Entre les idéologues qui aiment à opposer environnement et agriculture, ne peut-on pas regarder le problème avec réalisme et proposer des solutions pragmatiques, et tenter de concilier l’un et l’autre ? Ne peut-on pas admettre que nous avons mis des agriculteurs sont dans l’impasse, faute d’alternative; et en même temps, vouloir préserver notre environnement ?

La proposition faite n’est pas « open-bar »

Pour cela, la possibilité de déroger à l’interdiction devait être la plus limitée et la plus encadrée possible. Le but étant de limiter au maximum l’impact sur l’environnement.

Ainsi, la dérogation est limitée à une culture, limitée techniquement, et limitée dans le temps. Elle ne vaudra que pour la culture de la betterave sucrière, et ne pourra être mise en œuvre qu’au travers de la technique d’enrobage des semences, et non en pulvérisation. Enfin, la dérogation sera réexaminée tous les ans en fonction de la situation (niveaux d’infestation, avancée de la recherche), et au maximum pendant 3 ans.

Des mesures complémentaires pour limiter l’impact sur l’environnement et assurer une transition agricole efficace

Cette dérogation s’accompagne de plusieurs mesures visant à protéger l’environnement et les pollinisateurs pendant la période transitoire de dérogation et au-delà, ainsi qu’à engager la filière dans une transition efficace et respectueuse de l’environnement.

Première mesure de protection de l’environnement et des pollinisateurs, aucune plante mellifère ne sera replantée après les betteraves traitées, et ce pendant deux années, afin d’éviter toute problématique de rémanence des néonicotinoïdes dans les cultures ultérieures sur les pollinisateurs. Le problème des pollinisateurs ne se pose d’ailleurs pas sur les betteraves elles-mêmes, qui sont récoltées la première année, avant leur floraison qui intervient la deuxième année. Les abeilles ne butinent donc pas ces plantes, et avec cette mesure ne butineront pas non plus les cultures plantées 2 années après les betteraves.

Par ailleurs, les professionnels devront mettre en œuvre des plans de prévention des infestations par les ravageurs. En effet, tout doit être fait en amont pour éviter au maximum le traitement par produits phytopharmaceutiques. Un plan de protection des pollinisateurs, très attendu, sera également enfin mis en œuvre, pour renforcer notamment leur protection pendant les périodes de floraison.

Un Conseil de Surveillance est créé. Il sera chargé du suivi et du contrôle de la recherche, ainsi que de la mise en œuvre d’alternatives aux néonicontinoïdes. Il publiera un rapport annuel. Ce Conseil est composé de toutes les parties prenantes : députés et sénateurs, délégué interministériel à la filière sucre, représentants des ministères de l’environnement et de l’agriculture, CESE, associations de protection de l’environnement, syndicats agricoles, représentants d’apiculteurs, filières de production et de transformation concernées, Institut Technique de la Betterave et établissements de recherche.

Enfin, et afin d’amplifier la recherche, qu'il s'agisse d’alternatives efficaces aux néonicotinoïdes ou de variétés résistantes aux pucerons verts, un programme de recherche renforcé est mobilisé à hauteur de 5 millions d’euros supplémentaires. Il alimentera principalement l’INRAE.

L’impasse dans laquelle se trouvent aujourd’hui les betteraviers français nous rappelle qu’en matière de transition agricole, il est illusoire de vouloir mettre la charrue avant les bœufs.

Lorsque des solutions alternatives existent, la transition doit pouvoir être accélérée et amplifiée. Lorsque les solutions alternatives n’existent pas ou sont inefficaces, comme c’est le cas pour la betterave, nous devons alors accélérer et amplifier la recherche d’alternatives en premier lieu, puis les déployer massivement. Mais nous ne pouvons pas condamner des agriculteurs à qui l’on n’aurait aucune solution à proposer.

Il ne s’agit pas de conduire une politique de terre brûlée dans laquelle nous mettrions volontairement à terre des filières agricoles entières, avec l’illusion de pouvoir les reconstruire aisément ensuite. Il s’agit de répondre aux réalités et d’accompagner les agriculteurs dans une transition qui parfois peut être rapide, et qui dans d’autres cas, sera plus progressive et plus graduelle.


Pour aller plus loin :

- Le texte de loi suivi de l'étude d'impact

- La FAQ sur la jaunisse de la betterave de l'Institut Technique de la Betterave

- Le Plan National de Recherche et d'Innovation INRAE/ITB

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